Face à ce monde de millionnaires devenu presque inaccessible pour la majorité des gens, le sport professionnel est-il en train de vivre le début d’une crise en Amérique du Nord.

Le partisan en veut davantage pour son argent et il préfère de plus en plus profiter de sa télé 4K que de vider son portefeuille dans un temple sportif.

Récemment, dans ma ligue de garage, des coéquipiers discutent du Canadien. Claude (prénom fictif) mentionne qu’il n’a pas renouvelé ses billets de saison pour la première fois en 30 ans. «Les dépenses reliées à un match sont rendues trop élevées et avec le trafic, c’est rendu un calvaire de se rendre au Centre Bell, surtout si tu pars de la Rive-Sud.»

Claude ajoute que 5-6 de ses chums l’ont imité cette année, ils sont propriétaires d’entreprises et ils préfèrent investir leur argent ailleurs : «De toute façon, les Molson sont pleins, cela ne changera pas grand-chose»  ajoute-t-il en riant.

Une tendance se dessine partout dans le sport professionnel.

Même si l’économie se porte bien en Amérique du Nord, plusieurs villes souffrent d’un désintéressement inquiétant de leurs équipes professionnelles. Nous voyons des sièges vides dans les stades, arénas et les cotes d’écoute diminuent. Une simple recherche sur Google permet de le constater qu’aucun des 5 grands sports (football, baseball, basketball, soccer, hockey) n’est épargné en Amérique du Nord.

À Montréal, les Alouettes souffrent, l’Impact tire son épingle du jeu mais doit travailler fort et le Canadien est encore relativement épargné, mais combien de temps reste t-il avant que ce soit devenu difficile de donner ses billets pour un match au Centre Bell si rien ne change?

Ottawa, Caroline, Floride, Detroit, Phoenix et quelles équipes encore?  

J’ai le « feeling » que ce n’est que le début d’une descente aux enfers pour plusieurs équipes et plus particulièrement au hockey, un sport conservateur, encore trop fermé sur le monde.

Croyez-vous sincèrement que l’opération de séduction en Chine, de la ligue de Gary Bettman, est là pour le plaisir?  Pas le choix d’y aller avant que la KHL prenne la place dans ce gigantesque marché.

La formule gagnante des Golden Knights. 

Le succès des Golden Knights de Vegas n’est pas seulement une affaire de victoires. Cette organisation a le sens du spectacle et toutes les autres équipes doivent s’en inspirer au plus vite avant que la nouvelle génération de fans tourne le dos à ce sport et préfère se limiter à regarder les résultats sur une tablette.

Les mirobolants droits de télévision dans la LNH comblent actuellement le manque à gagner des sièges vides et la valeur des franchises est à la hausse grâce à la manipulation bien habile du commissaire Gary Bettman et des propriétaires mais pour combien de temps encore ce ballon d’hélium va tenir en suspension?

Le monde change rapidement et les façons de se divertir aussi.

Dans ma jeunesse, les années 80, les attraits technologiques d’un adolescent se limitait à regarder à la télé, rêver d’être Steve Austin dans l’homme de 6 millions, de connaître la femme bionique et d’écouter de la musique dans un walkman. Si tes parents étaient un peu plus en moyen, tu pouvais aspirer à avoir un ColecoVision de 2e génération, le rêve ultime!

Mes ados sont dans un tout autre monde. Ils ne consomment que des vidéos et directs sur Internet, ils ont leurs idoles « YouTuber » de partout sur la planète, ils s’informent, sont abonnés à des blogueurs et blogueuses, ils apprennent d’autres cultures. Ils ont même appris leur géographie en regardant leurs équipes de soccer favorites, sans compter le réseau social Instagram qui permet d’entrer dans le quotidien des vedettes, et bien sûr les fameux jeux vidéo en ligne et Twitch.tv.

L’autre soir en revenant à la maison, j’entendais parler de « e-sport » à la radio, qui connait un succès monstre en Europe et en Asie.  En écoutant l’entrevue, je me disais que c’est fou comme le monde change et nos champs d’intérêt se diversifient.

L’être humain passe en moyenne 6 heures par jour branchés à internet. Grâce à la technologie, tout s’accélère, mais le délai d’attention de l’être humain diminue. Selon Microsoft, il est de 6 secondes soit une seconde de moins que le poisson rouge. À considérer dans son « elevator pitch ».

Lorsque nous voulons nous divertir, la technologie nous habitue à choisir quoi et quand, c’est bon pour le film sur Netflix, le résumé du match de hockey et j’en passe. Même avec 150 chaînes de télé, il n’est pas rare d’entendre, c’est donc bien triste à la télé ce soir.

Ce mode de vie technologique du « tout de suite et maintenant » influence nos choix et notre dollar de divertissement.

Dépenser 300$ pour voir un match ordinaire est un risque que certains ne veulent plus prendre.

C’est peut-être l’heure de la revanche des fans.

Il s’agit là, pour moi, du début d’une explication.

Guy Bolduc

Guy Bolduc est le fondateur de Agence B-367 et Wanos Formations. Passionné du Web et des réseaux sociaux, il est conférencier, formateur accrédité et il aide les entreprises dans ce domaine. Auparavant, il a passé plus de 20 ans devant la caméra comme présentateur à TVA et Radio-Canada.

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